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Sunday, July 11, 2021

Enfants sous pression - Le Journal de Montréal

Après avoir dépeint avec humour les dérives de la surconsommation dans leur film précédent, Le mirage, Louis Morissette et Ricardo Trogi se sont à nouveau lancé le défi de faire rire et réfléchir en même temps en explorant dans leur nouvelle comédie le phénomène de la surparentalité, cette tendance à surcharger les enfants en leur imposant une pression de la réussite.

Les parents étouffent-ils leurs enfants en leur imposant un horaire de fou et en leur demandant d’obtenir des résultats irréprochables autant à l’école que dans leurs activités parascolaires ? C’est l’une des questions que s’est posé Louis Morissette en écrivant son nouveau film, Le guide de la famille parfaite, avec ses complices scénaristes François Avard et Jean-François Léger. 

Le guide de la famille parfaite

Photo courtoisie, Films Opale

Père de trois enfants, Louis Morissette a lui-même été confronté à ces questionnements quand ceux-ci sont devenus ados. 

« Pendant leur enfance, je me sentais somme toute en contrôle de la situation », admet-il en entrevue au Journal

« Mais quand l’adolescence arrive, tu sens que ça te glisse entre les doigts. Un de tes enfants commence à te dire qu’il n’est pas heureux. Ta première réaction comme parent, c’est de te dire : “ben voyons, comment est-ce possible ? Il a une belle vie et tout ce qu’il veut”. Mais quand tu lui en parles, il finit par te faire comprendre que c’est toi le problème et que tu dois prendre ça plus relax. »

« J’en ai parlé avec d’autres parents autour de moi et tout le monde avait sa petite histoire de perte de contrôle et d’inquiétude. J’ai vu qu’il y avait un thème à explorer là-dedans. Je suis allé creuser ça avec des psychologues et le terme qui revenait constamment dans leur bouche, c’était l’anxiété de performance. J’ai décidé de creuser ce sillon-là. C’est donc devenu un film sur l’anxiété de performance et sur les parents hélicoptères [ces parents qui surprotègent leurs enfants]. »

Le guide de la famille parfaite

Photo courtoisie, Films Opale

Pression sociale

Dans Le guide de la famille parfaite, Louis Morissette incarne le personnage de Martin, un père de famille ultra protecteur qui mène une vie en apparence parfaite dans sa petite maison de banlieue avec sa conjointe (Catherine Chabot), leur jeune fils (Xavier Lebel) et sa grande adolescente de 16 ans, Rose (Émilie Bierre), qui est née d’une union précédente. 

Comme tout bon parent, Martin veut le meilleur pour sa fille Rose. Le problème, c’est qu’il lui met une pression énorme sur les épaules en lui imposant un horaire surchargé (école, cours de danse, pratiques de hockey, rencontres avec des tuteurs) et en exigeant d’elle qu’elle réussisse dans tous les domaines.

En plus de cette pression parentale, les jeunes d’aujourd’hui doivent composer avec l’impact des réseaux sociaux sur leur image, ajoute Louis Morissette. 

« Sérieusement, je trouve ça raide pour les jeunes de nos jours », analyse le scénariste, producteur et acteur de 47 ans.

« Quand tu as 15 ou 16 ans, que tu es en train de te former et que tu vois sur les réseaux sociaux les autres jeunes de ton âge montrer leurs partys et leur beauté physique pendant que toi, tu te trouves moche, c’est dur. La société leur envoie une pression de performance très forte. »

Ricardo Trogi

Photo Chantal Poirier

Ricardo Trogi

Communion d’esprit

Louis Morissette n’a pas hésité longtemps avant de confier la réalisation du Guide de la famille parfaite à Ricardo Trogi. Les deux complices avaient déjà travaillé ensemble sur la comédie Le mirage, un des succès de l’été 2015 au box-office québécois, mais aussi sur les séries télé Les Simone et La maison bleue.

« On travaille bien ensemble, souligne Morissette. Ricardo a une oreille hallucinante pour la musique de la comédie. C’est quelque chose qui ne s’enseigne pas et que je reconnais dans sa façon de travailler. C’est une de ses grandes forces. »

Au-delà du désir de retravailler avec Louis Morissette, Ricardo Trogi s’est quant à lui senti interpellé par le sujet qu’a choisi d’aborder Morissette dans son nouveau film. 

Louis Morissette

Photo Chantal Poirier

Louis Morissette

« J’ai une fille de 14 ans alors c’est venu me chercher, admet le réalisateur de 1991 et Horloge biologique. Quand t’élèves un enfant, tu te poses toujours la question si tu es en train de bien faire les choses. Si tu veux voir un souper mal tourner, lance une discussion entre trois ou quatre couples sur la bonne façon d’élever leurs enfants. Tu vas voir que la discussion va rapidement s’enflammer. Je pense qu’il y a plusieurs parents qui vont se poser des questions après avoir vu le film. »

On reconnaît bien la signature de Morissette dans la structure dramatique du Guide de la famille parfaite. À l’image du Mirage, le film débute comme une comédie légère pour bifurquer lentement vers le drame. 

« Ce n’est pas planifié, mais c’est comme ça que j’écris instinctivement, précise Louis Morissette. On a eu du mal à vendre les droits d’adaptation du Mirage à l’étranger parce que les gens nous demandaient toujours si c’est une comédie ou un drame. En fait, c’est entre les deux. Mais quand j’écris, je ne réfléchis pas à ça, je vais où l’histoire m’amène. La façon que j’ai d’écrire en général, c’est que je rentre dans le récit avec du cynisme, du sarcasme et de l’ironie, pour aller ensuite vers la réflexion. Je ne veux pas faire la morale parce que c’est un divertissement. Mais j’aime penser qu’en sortant de la salle, les gens ont de quoi discuter et que le lendemain, le film les habite encore un peu. »

Le guide de la famille parfaite prend l’affiche dans les cinémas du Québec le 14 juillet. Le film sera aussi offert sur Netflix cet été, mais seulement à l’extérieur du Canada.

Un personnage qui résonne fort

Le guide de la famille parfaite

Photo courtoisie, Films Opale

Même si elle n’a jamais vraiment souffert d’anxiété de performance, Émilie Bierre s’est reconnue dans le rôle d’adolescente au bord de la crise de nerfs qu’elle incarne dans Le guide de la famille parfaite. « Je pense que c’est un personnage qui va résonner très fort chez plusieurs jeunes de ma génération », avance l’actrice de 17 ans.

« Je trouve que c’est bien d’aborder ce genre de thème dans un film », ajoute la jeune comédienne connue pour ses rôles dans les films Une colonie et Les nôtres, ainsi que dans la populaire série humoristique Les beaux malaises.

« Les gens comprennent de plus en plus les comportements anxieux. Quand un jeune ne se sent pas bien, on ne dit plus juste qu’il ne file pas. On sait maintenant que ça correspond à quelque chose de précis. Je suis quelqu’un d’anxieux dans la vie moi aussi. Je n’ai pas un père ou une mère qui me pousse comme mon personnage dans le film. Mais je me mets moi-même de la pression pour mes performances à l’école et dans ce que je fais dans ma vie de tous les jours. Donc, sur ça, le sujet du film me rejoint. J’ai aussi retrouvé plusieurs de mes amis dans les personnages. Je pense que c’est un film que tout le monde va pouvoir regarder en famille et s’identifier à certains personnages. »

Comparaison

Qui dit performance, dit compétition. Encore là, Émilie Bierre est bien placée pour comprendre la pression ressentie par son personnage puisqu’en tant qu’actrice, elle tente de faire sa place depuis des années dans un milieu très compétitif. 

« C’est vrai que le milieu du cinéma et de la télévision est aussi comme ça, observe-t-elle. Enfant, je pense que je le réalisais moins. Mais en vieillissant, je me rends plus compte comment ça marche. Je sais à quoi je suis confrontée. Les auditions, c’est de la comparaison. Mais ça fait partie du jeu. » 

« Avec le temps, j’ai appris à me détacher de tout cela. D’autant plus que plusieurs jeunes actrices de mon âge sont aussi des amies alors je n’ai pas envie d’être toujours en compétition avec elles. J’ai aussi la chance d’avoir un bon entourage qui me permet de ne pas me perdre là-dedans. Ça me permet de rester les pieds sur terre. »

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