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Tuesday, August 17, 2021

Le producteur de cinéma Rock Demers est décédé à 87 ans - Radio-Canada.ca

Rock Demers en 2014.

Le producteur Rock Demers

Photo : Radio-Canada / Julie Mainville

Radio-Canada

Les enfants, jeunes et vieux, sont en deuil. Le grand-père des films jeunesse est décédé dans la nuit de lundi à mardi, a annoncé sa famille mardi. L’ex-président des Productions La Fête avait 87 ans.

Le producteur québécois laisse un riche héritage de films, dont l'inimitable série des Contes pour tous notamment composée de La guerre des tuques (1986), Bach et Bottine (1986) et La grenouille et la baleine (1988).

Avec sa disparition c’est un monde de cinéma qui s’éteint et une conception de l’art cinématographique qui animait son action non seulement pour les cinéphiles, mais aussi pour tous les hommes et femmes de bonne volonté, a déclaré sa famille dans un communiqué.

Le premier ministre François Legault et Nathalie Roy, la ministre de la Culture et des Communications, ont présenté leurs condoléances dans des tweets après l’annonce de la disparition de l’artiste.

Mes condoléances à tous les proches de Rock Demers. Que de beaux souvenirs. La guerre, la guerre, c'est pas une raison pour se faire mal fait maintenant partie des expressions québécoises, a écrit François Legault.

Rock Demers a marqué notre imaginaire grâce à des créations comme La guerre des tuques. Il a grandement participé à notre culture et ses œuvres ont touché des générations, a ajouté Nathalie Roy.

Inspiré dès son enfance

Né en 1933 à Sainte-Cécile-de-Levrard, un petit village qui ne comptait pas plus de 500 habitants, Rock Demers a découvert le cinéma par l'entremise de son oncle Henri.

C'était une comédie musicale et le jeune Rock avait été si impressionné qu’il s'acheta des souliers à claquettes pour devenir un Fred Astaire.

Les claquettes prendront la poussière, mais le cinéma, lui, ne sortira plus de la tête du futur producteur de La guerre des tuques.

Son père est agriculteur, sa mère, institutrice. Il lit son premier roman avant d'entrer à l'école.

Il déménage à Montréal pour étudier la pédagogie. Le cinéma n'est jamais loin. Il installe des ciné-clubs à l'école, à l'hôpital Sacré-Cœur, où il est infirmier, ainsi qu'à Bordeaux, la prison voisine.

Au début des années 50, il part en France avec ses économies et une petite bourse pour étudier les techniques audiovisuelles à Paris.

Un grand voyage

C'est le début d’une longue saga, puisqu'à la fin de son stage, avec 250 $ en poche, il décide qu’il a assez d’argent pour se rendre au Japon en auto-stop.

Son grand tour l'emmène derrière le mur communiste de l'époque, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Hongrie. Il fait des rencontres déterminantes, notamment avec Bretislav Pojar.

C’était la première fois que je réalisais que de grands artistes pouvaient consacrer leur talent à faire des films [pour enfants], avait-il expliqué au micro de Franco Nuovo en 2019.

Il ira ensuite au Pakistan, en Inde et au Sri Lanka (Ceylan) pour enfin arriver au Japon, en bateau, avec son épouse. Juste à temps pour la naissance de leur premier enfant.

Ce voyage bouleversera sa vie et sa perception de l'être humain. Toute sa carrière en sera marquée. Le monde passera par la fenêtre du cinéma et les enfants y occuperont la première place.

Un nouveau regard

De retour au pays, il travaille au Festival international du film de Montréal, premier festival de cinéma non compétitif au Québec, qu'il administre de 1962 à 1967. Il y fera d'ailleurs ajouter une section jeunesse. Pendant cette période, il participe à la fondation de la Cinémathèque québécoise.

En 1965, il crée la compagnie Faroun qui se spécialise dans la distribution de films pour enfants.

Il coproduit Le Martien de Noël, un long métrage de Bernard Gosselin, mettant en vedette Marcel Sabourin. L'extraterrestre voyage dans une soucoupe fabriquée par l'automatiste Jean-Paul Mousseau. Rien de moins.

Marcel Sabourin en 1970.

Marcel Sabourin dans le film « Le Martien de Noël »

Photo : Les productions La Fête

Sa passion pour le cinéma jeunesse prend une nouvelle tangente lorsqu'il fonde Les productions La Fête en 1980.

C’est un article sur le suicide chez les jeunes, paru dans La Presse en 1982, qui l'amènera à entreprendre Les contes pour tous. Les films, pour lui, devaient insuffler aux jeunes un appétit pour la vie.

La vie, faut pas se raconter d’histoires, c’est pas facile, mais ça vaut la peine d’être vécue, disait-il.

D'autant plus que les films de la série rafleront des dizaines de prix, mentions et mises en nomination dans le monde entier.

Une scène du film « La guerre des tuques ».

Une scène du film « La guerre des tuques »

Photo : Productions La Fête

Le premier de la liste, La guerre des tuques, remportera un succès phénoménal avec les savoureuses répliques d’André Melançon comme : La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal. Et : T'as un trou dans ta mitaine.

Rock Demers voulait tisser des liens entre les générations et entre les cultures. Il se plaisait à dire que Bach et Bottine, le troisième conte, avait obtenu 40 millions d’entrées en URSS et que La grenouille et la baleine, faisait rire les Chinois de Shanghai aux mêmes endroits que les Québécois de Longueuil.

Mahée Paiement, enfant.

Mahée Paiement dans le film « Bach et Bottine », d'André Melançon

Photo : Productions La Fête inc

Cinq des films de la série seront réalisés par des cinéastes d'Europe de l'Est, dont Bretislav Pojar.

Outre Les contes pour tous, Rock Demers a aussi produit plusieurs films, dont Le silence des fusils d'Arthur Lamothe et La vie d'un héros de Micheline Lanctôt.

Il vend Les productions La Fête en 2016 au cinéaste Dominic James.

Il a reçu le prix Albert-Tessier, le prix François-Truffaut et le titre d'officier de l'Ordre du Canada ainsi que celui de Chevalier des Arts et des lettres en France.

Lorsqu’il faisait le décompte de son immense travail pour le cinéma, il voyait son plus grand legs dans Les contes pour tous.

L'appétit de vivre, il a su qu'il l'avait transmis le jour où deux punks l'ont remercié.

C'était rue Saint-Denis, le producteur marchait lorsque deux jeunes coiffés « en dents de scie » se sont lancés vers lui… pour l’embrasser.

Fierro... l'été des secrets leur avait redonné le goût de miser sur la vie.

Avec les informations de la Cinémathèque québécoise, L'encyclopédie canadienne, l'Ordre national du Québec et l'Université de Sherbrooke

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